« J'ai mal au dos depuis des mois. J'ai tout essayé, et ça revient toujours. » Quand la douleur dure, les questions changent : pourquoi ça ne passe pas ? Est-ce que mon dos s'abîme ? Est-ce que je vais devoir vivre avec ? Rassurez-vous : une douleur qui dure ne veut pas dire un dos qui s'abîme, et elle peut encore baisser. Voici ce qui se passe, ce qui entretient la douleur, ce qui peut vous aider à en sortir, et quand consulter sans attendre.
Ce qui se passe quand la douleur dure
On parle de lombalgie chronique quand la douleur du bas du dos dure, ou revient, depuis plus de trois mois (si votre douleur est récente, lisez plutôt l'article sur le lumbago). Les problèmes de dos sont fréquents : à l'enquête de santé belge de 2023-2024, 24,6 % des personnes de 15 ans et plus, et 27,3 % en Wallonie, déclaraient un trouble du bas du dos ou une autre affection chronique du dos dans les douze derniers mois, sans que l'enquête dise depuis combien de temps.
Deux choses à savoir, et elles rassurent.
La douleur n'est pas un scanner. Elle est bien réelle, mais elle ne mesure pas l'état de votre dos : on peut avoir mal sans lésion visible, et l'on considère que, quand la douleur dure, le lien entre ce qu'on ressent et l'état des tissus devient moins prévisible. Au départ, la douleur est une alarme qui protège. Quand elle dure, le système nerveux lui-même peut devenir plus sensible, comme un volume réglé trop fort : l'alarme sonne plus fort, et pour moins. On pense que ce mécanisme joue un rôle dans beaucoup de douleurs chroniques, dont le mal de dos.
Les images de votre dos ne racontent pas toute l'histoire. « Pourtant, mon IRM parle de disques dégénérés ! » Oui, et l'image est réelle. Mais chez des personnes qui n'avaient jamais eu mal au dos, l'imagerie montre des disques dits « dégénérés » chez 37 % des personnes de 20 ans et 96 % de celles de 80 ans. Beaucoup de ces changements font sans doute partie du vieillissement normal, comme les rides sur la peau. Ces images, à elles seules, ne disent pas que votre dos est abîmé : c'est l'examen qui fait le lien entre l'image et ce que vous ressentez.
Le cercle de la douleur
Quand on a mal, on a peur que ce soit grave, ou d'aggraver. Alors on évite certains mouvements, on se protège, on bouge moins. Et à force de bouger moins, le corps peut perdre de sa forme, chaque geste devient plus prudent, et la douleur comme la gêne s'installent. Les chercheurs décrivent ce cercle depuis les années 1980 : la peur de la douleur et l'évitement semblent jouer un rôle essentiel quand la douleur devient chronique, chez une part importante des personnes qui ont mal aux muscles ou aux articulations.
D'autres choses peuvent monter le volume : la douleur est toujours une expérience personnelle, influencée, plus ou moins selon chacun, par le corps, le moral et la vie qu'on mène. Le stress et l'inquiétude comptent, et le sommeil aussi : dans les études qui suivent des personnes dans le temps, un sommeil perturbé annonce l'apparition ou l'aggravation de douleurs chroniques.
Et c'est plutôt rassurant : si le signal varie, c'est qu'il existe des leviers. Vous n'êtes pas coincé avec un dos fragile.
Ce que la kinésithérapie peut faire
Mon travail, ce n'est pas de vous « réparer ». C'est de vous aider à sortir du cercle : comprendre ce qui se passe, rebouger, et reprendre ce que la douleur vous a fait abandonner.
Les recommandations belges du KCE vont dans ce sens : rassurer et encourager à rester actif, c'est la bonne pratique, et les exercices ont une certaine efficacité sur la douleur, sans qu'un type d'exercice se montre supérieur à un autre. Une revue Cochrane de 2021 (249 essais, chez des adultes qui avaient mal au dos depuis plus de douze semaines) conclut que l'exercice soulage probablement la douleur, comparé à l'absence de traitement, aux soins habituels ou à un placebo ; son effet sur la gêne au quotidien est faible. Il n'y a donc pas d'exercice miracle : le bon exercice, c'est celui qui vous convient, au bon dosage.
Une douleur installée peut encore bouger : en Australie, chez 492 adultes qui avaient mal au dos depuis plus de trois mois et en étaient gênés au quotidien, une prise en charge en kiné qui travaillait aussi sur les pensées, les émotions et les comportements qui entretiennent la douleur a mieux réduit cette gêne que les soins habituels, et l'effet tenait encore au bout d'un an.
Si rien ne vous a soulagé jusqu'ici, ou si la peur, le moral ou la situation au travail freinent la reprise, une prise en charge à plusieurs peut vous être proposée : les recommandations belges la réservent à ces situations.
Concrètement, au cabinet :
- Je vous écoute : depuis quand, ce que vous avez déjà essayé, ce qui soulage, comment vous dormez, et surtout ce que la douleur vous empêche de faire.
- Je vous examine : les mouvements qui changent votre douleur, ceux que vous évitez, la force et la sensibilité. C'est aussi là que je vérifie que rien ne demande un avis médical rapide.
- Je vous explique ce que je trouve, avec des mots simples : ce que votre douleur veut dire, et ce qu'elle ne veut pas dire.
- On construit un plan ensemble : des exercices choisis avec vous, une progression qui tient compte de votre travail, de votre fatigue et de votre sommeil, et ce qu'on fait quand ça remonte.
Ajoutées aux exercices, les techniques manuelles peuvent apporter un bénéfice limité : les recommandations ne les proposent qu'en complément d'un programme d'exercices. Elles accompagnent ce que vous faites vous-même, elles ne le remplacent pas.
Ce que vous pouvez faire dès maintenant
- Bougez un peu chaque jour : marchez, changez souvent de position. La meilleure position, c'est la suivante.
- Augmentez petit à petit. Quand on en a assez d'avoir mal, on a envie de tout faire d'un coup. Puis la douleur remonte, et on conclut que « ça ne marche pas sur moi ». Ne confondez pas vitesse et précipitation : avancez un peu chaque semaine.
- Quand ça remonte, ne faites ni « rien du tout », ni « comme si de rien n'était ». Réduisez un peu, gardez du mouvement, revenez à ce que votre dos tolère, et ce jour-là, ne testez pas vos limites. Si la poussée ne ressemble pas aux autres, lisez plus bas « Quand consulter sans attendre ».
- Après une poussée, faites le point en trois questions : qu'est-ce que j'ai fait de différent ces deux derniers jours ? Dans quel état était mon corps (sommeil, fatigue, stress) ? Qu'est-ce qui m'a soulagé, même un peu ? Ce petit bilan peut vous aider à repérer ce qui fait varier votre douleur.
- Adaptez plutôt qu'interdire : gardez vos activités, travail compris, quitte à les alléger quelque temps.
- Si vous dormez mal depuis longtemps, parlez-en à votre médecin : sommeil et douleur sont liés.
- Pour les médicaments, c'est votre médecin ou votre pharmacien qui vous conseille.
Quand consulter sans attendre
Même quand on a l'habitude d'avoir mal, certains signes ne doivent pas attendre. Un seul suffit, n'attendez pas d'en avoir plusieurs :
- la douleur, des fourmillements, une faiblesse ou un engourdissement gagnent maintenant les deux jambes ;
- depuis peu, vous avez du mal à commencer à uriner, ou vous n'y arrivez plus, votre jet a changé, ou vous sentez moins l'urine passer ;
- depuis peu, vous sentez moins le besoin d'aller à la selle, ou vous avez des fuites d'urine ou de selles que vous ne contrôlez pas, nouvelles ou plus importantes qu'avant ;
- depuis peu, ou de plus en plus, une zone s'endort ou paraît différente entre les jambes, à l'intérieur des cuisses, aux fesses ou autour de l'anus, par exemple quand vous vous essuyez ;
- depuis peu, ou de plus en plus, vous sentez moins au niveau des organes génitaux, ou vos érections, votre éjaculation ou votre orgasme changent ;
- une jambe, ou les deux, faiblit de plus en plus, ou d'un coup et nettement : le pied accroche, il « claque » au sol en marchant (on parle de pied tombant), ou le genou se dérobe.
Dans ce cas, vous ne prenez pas rendez-vous : vous allez aux urgences sans attendre, de jour comme de nuit. Ne conduisez pas vous-même : faites-vous conduire, ou appelez le 112.
Ces signes peuvent vouloir dire que des nerfs du bas de la colonne sont comprimés, par exemple dans le syndrome de la queue de cheval : sans traitement rapide, certains de ces troubles peuvent devenir définitifs.
Allez aussi aux urgences, sans conduire vous-même, ou appelez le 112, si votre mal de dos est apparu, ou a nettement augmenté, après un accident violent, comme un accident de voiture ou une chute de hauteur ; ou, si vous avez une spondylarthrite ankylosante, après n'importe quelle chute ou n'importe quel choc.
Appelez le 112 si votre mal de dos s'accompagne d'une douleur dans la poitrine, ou d'une douleur brutale et très forte dans le ventre ou en haut du dos, entre les omoplates. Appelez-le aussi si, avec votre mal de dos, votre peau devient pâle ou grise (sur une peau foncée, cela se voit mieux à la paume des mains ou à la plante des pieds), vos pieds deviennent froids, vous avez du mal à respirer ou vous vous évanouissez.
Si vous avez ou avez eu un cancer, et que votre douleur de dos est forte et s'aggrave sans ressembler à vos poussées habituelles, qu'une douleur nouvelle descend dans un bras ou une jambe, qu'un bras ou une jambe faiblit, s'engourdit ou fourmille, ou que vous avez depuis peu du mal à marcher : contactez tout de suite l'équipe qui vous suit ou vous a suivi, ou votre médecin, et si vous ne joignez personne tout de suite, allez aux urgences.
Le jour même, faites-vous voir par votre médecin (en dehors de ses heures, par le médecin de garde, au 1733), ou allez aux urgences, si :
- la douleur devient très forte d'un coup, ou s'aggrave vite, et ce n'est pas comme d'habitude : elle est plus forte ou différente de vos poussées, ou elle ne se calme pas avec ce qui vous soulage d'ordinaire ;
- la douleur s'accompagne de fièvre, de frissons ou de sueurs la nuit qui sont nouvelles pour vous, ou vous vous sentez malade ;
- votre douleur de dos n'est plus la même (elle est différente, ou plus forte que vos poussées habituelles) alors que vos défenses contre les infections sont affaiblies, par une maladie ou par un traitement (par exemple une chimiothérapie, un traitement après une greffe, ou de la cortisone en comprimés depuis longtemps), ou que vous vous injectez des drogues, aujourd'hui ou par le passé, même sans fièvre ;
- vous avez ou avez eu un cancer, et votre douleur de dos est nouvelle, ou elle a changé : prévenez aussi l'équipe qui suit ou a suivi votre cancer.
Consultez aussi votre médecin rapidement si :
- votre mal de dos est apparu, ou a nettement augmenté, après une petite chute ou un petit choc ; ou, si vous avez de l'ostéoporose, après un effort pour soulever une charge, voire sans raison apparente ;
- la douleur s'accompagne d'une perte de poids que vous n'expliquez pas ;
- elle vous oblige à vous lever la nuit sans qu'aucune position ne vous soulage.
Sans urgence, prenez rendez-vous chez votre médecin si la douleur reste insupportable depuis plus de six semaines malgré les traitements, si elle ne se calme plus au repos ou devient pire la nuit, si elle augmente quand vous toussez, éternuez ou allez à la selle, si elle se situe plutôt en haut du dos, entre les omoplates, si une bosse ou un gonflement apparaît dans votre dos, ou si votre dos change de forme, ou si vous êtes inquiet ou avez du mal à faire face : c'est une raison suffisante de consulter.
Si vous avez des idées noires, ou si vous pensez au suicide, à cause de la douleur ou pour une autre raison, n'attendez pas pour en parler : le jour même, faites-vous voir par votre médecin (en dehors de ses heures, par le médecin de garde, au 1733), ou allez aux urgences. Vous pouvez aussi appeler le Centre de Prévention du Suicide au 0800 32 123, gratuitement et de façon anonyme, jour et nuit. Si vous vous êtes fait du mal, ou si vous avez peur de passer à l'acte, appelez le 112, ou demandez à quelqu'un de l'appeler pour vous.
Vos questions
Comment soigner une lombalgie chronique ?
Je ne vous promettrai pas de guérison. Ce qui est recommandé : comprendre ce qui se passe, rester actif, et des exercices adaptés et progressifs, dont l'effet sur la douleur est le mieux démontré. Pour la douleur, demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien.
Pourquoi ma lombalgie ne passe pas ?
Ce n'est pas forcément parce que votre dos s'abîme. Le système nerveux a pu devenir plus sensible, et le cercle de la peur, de l'évitement et du manque de mouvement peut l'entretenir, tout comme un mauvais sommeil et le stress. C'est justement là-dessus qu'on peut agir.
Quels sont les symptômes d'une lombalgie chronique ?
Une douleur du bas du dos qui dure, ou revient, depuis plus de trois mois. Elle peut varier d'un jour à l'autre, avec des périodes plus calmes et des poussées. Une poussée, c'est une aggravation qui dure de quelques heures à quelques semaines, difficile à supporter, et qui gêne en général vos activités ou votre moral. Si la douleur descend dans la jambe, lisez aussi l'article sur la sciatique.
Quelles sont les causes d'une lombalgie ?
Chez presque toutes les personnes qui ont mal au dos, on ne peut pas désigner une lésion précise qui expliquerait la douleur. Seule une petite minorité a une cause grave, comme une fracture, une infection ou une tumeur : c'est pour ça que je vérifie toujours les signes d'alerte. Quand la douleur dure, on regarde aussi ce qui l'entretient.
Au cabinet d'Andenne
Je vous reçois rue du Muguet 5, à Andenne, un seul patient à la fois. La première chose que je fais, ce n'est pas de vous allonger sur la table, mais de vous écouter. Pour la première séance : votre prescription médicale, votre carte d'identité, et une tenue où vous êtes à l'aise pour bouger.
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