Dos

Hernie discale : ce que la kiné peut faire pour vous

Mathieu Grandchamp, kinésithérapeute à Andenne
Publié le 26 octobre 2026, mis à jour le 28 octobre 2026

« J'ai une hernie discale. » Deux mots lus sur le protocole d'une IRM, et tout de suite les questions : est-ce grave ? Faut-il opérer ? Est-ce que je peux encore bouger ? Rassurez-vous : une hernie n'est ni une fatalité, ni le signe d'un dos fragile. Voici ce que l'on sait aujourd'hui, et ce que la kinésithérapie peut faire pour vous.

Ce qui se passe dans votre dos

Entre deux vertèbres, le disque fait l'amortisseur : une enveloppe solide autour d'un centre plus souple. On parle de hernie quand une partie de ce centre déborde de l'enveloppe. Si elle irrite une racine nerveuse, la douleur peut descendre dans la jambe : c'est la sciatique, ou la cruralgie quand elle passe à l'avant de la cuisse.

Deux choses à savoir, et elles rassurent.

Une hernie peut se résorber d'elle-même. Le corps est bien fait. Une revue des études qui ont refait une imagerie chez des patients soignés sans opération a observé une régression dans 96 % des hernies dites « séquestrées », 70 % des « extrusions », 41 % des « protrusions » et 13 % des simples « bombements ». Et, à contre-courant de ce qu'on imagine, ce sont les hernies les plus marquées à l'IRM, extrusions et séquestrations, qui régressent le plus souvent.

Une hernie à l'IRM n'explique pas toujours la douleur. « Pourtant, on m'a bien dit que j'avais une hernie ! » Oui, et l'image est réelle. Mais chez des personnes qui n'ont pas mal au dos, l'imagerie montre une protrusion discale chez 29 % des personnes de 20 ans et 43 % de celles de 80 ans. Le protocole ne dit pas tout : c'est l'examen qui fait le lien entre l'image et ce que vous ressentez.

Ce que la kinésithérapie peut faire

Je ne vais pas « remettre en place » votre hernie : aucune technique n'a montré qu'elle la faisait rentrer. Mon travail, c'est de vous aider à traverser la période douloureuse et à retrouver vos activités, pendant que votre corps fait le sien.

Les recommandations, dont celles du KCE en Belgique et du NICE au Royaume-Uni, mettent en premier :

  • comprendre ce qui se passe, pour savoir quoi faire vous-même au quotidien ;
  • rester actif, en poursuivant vos activités habituelles ;
  • des exercices, adaptés à vos besoins et à vos capacités.

Les techniques manuelles peuvent soulager un temps et aider à reprendre le mouvement. Elles accompagnent les exercices, elles ne les remplacent pas.

Concrètement, au cabinet :

  1. Je vous écoute : depuis quand ça dure, ce qui soulage, ce qui aggrave, ce que vous n'arrivez plus à faire.
  2. Je vous examine : la force, la sensibilité, les réflexes, et les mouvements qui changent votre douleur. C'est aussi là que je vérifie que rien ne demande un avis médical rapide.
  3. Je vous explique ce que je trouve, avec des mots simples, et pourquoi on fait chaque exercice.
  4. Vous repartez avec vos exercices : peu nombreux, choisis selon ce qui vous soulage et ce qui vous irrite, et on les fait évoluer à chaque séance.

Ce que vous pouvez faire dès maintenant

  • Bougez dans les limites du supportable : marchez par petites périodes, changez souvent de position. La meilleure position, c'est la suivante.
  • Adaptez plutôt qu'interdire. Si la douleur se réveille quand vous vous penchez en avant, pliez les genoux, prenez appui sur une chaise ou sur votre cuisse. Votre dos est fait pour se pencher : on l'épargne seulement le temps qu'il soit moins sensible.
  • Évitez de rester au lit plusieurs jours : le repos au lit ne fait pas mieux que rester actif.
  • Gardez vos activités, quitte à les alléger quelque temps.
  • Une douleur qui augmente un peu pendant un effort puis revient vite à son niveau habituel n'impose pas d'arrêter de bouger. Une douleur qui descend de plus en plus bas dans la jambe, elle, se signale à votre kiné ou à votre médecin.

Votre dos est solide, même quand il fait mal. Avoir mal ne veut pas toujours dire qu'il s'abîme.

Quand consulter sans attendre

Ces signes, il faut les connaître. Un seul suffit, n'attendez pas d'en avoir plusieurs :

  • la douleur, des fourmillements, une faiblesse ou un engourdissement gagnent maintenant les deux jambes ;
  • depuis peu, vous avez du mal à commencer à uriner, ou vous n'y arrivez plus, votre jet a changé, ou vous sentez moins l'urine passer ;
  • vous sentez moins le besoin d'aller à la selle, ou vous avez des fuites d'urine ou de selles que vous ne contrôlez pas, nouvelles ou plus importantes qu'avant ;
  • une zone s'endort ou paraît différente entre les jambes, à l'intérieur des cuisses, aux fesses ou autour de l'anus, par exemple quand vous vous essuyez ;
  • vous sentez moins au niveau des organes génitaux, ou les érections, l'éjaculation ou l'orgasme ont changé ;
  • une jambe, ou les deux, faiblit de plus en plus, ou d'un coup et nettement : le pied accroche, il « claque » au sol en marchant (on parle de pied tombant), ou le genou se dérobe.

Dans ce cas, vous ne prenez pas rendez-vous : vous allez aux urgences sans attendre, de jour comme de nuit. Ne conduisez pas vous-même : faites-vous conduire, ou appelez le 112.

Ces signes peuvent vouloir dire que des nerfs du bas de la colonne sont comprimés, par exemple dans le syndrome de la queue de cheval : sans traitement rapide, certains de ces troubles peuvent devenir définitifs.

Allez aussi aux urgences, sans conduire vous-même, ou appelez le 112, si votre mal de dos est apparu, ou a nettement augmenté, après un accident violent, comme un accident de voiture ou une chute de hauteur ; ou, si vous avez une spondylarthrite ankylosante, après n'importe quelle chute ou n'importe quel choc.

Appelez le 112 si votre mal de dos s'accompagne d'une douleur dans la poitrine, ou d'une douleur brutale et très forte dans le ventre ou en haut du dos, entre les omoplates. Appelez-le aussi si, avec votre mal de dos, votre peau devient pâle ou grise (sur une peau foncée, cela se voit mieux à la paume des mains ou à la plante des pieds), vos pieds deviennent froids, vous avez du mal à respirer ou vous vous évanouissez.

Si vous avez ou avez eu un cancer, et que votre douleur de dos est forte et s'aggrave, qu'une douleur nouvelle descend dans un bras ou une jambe, qu'un bras ou une jambe faiblit, s'engourdit ou fourmille, ou que vous avez depuis peu du mal à marcher : contactez tout de suite l'équipe qui vous suit ou vous a suivi, ou votre médecin, et si vous ne joignez personne tout de suite, allez aux urgences.

Le jour même, faites-vous voir par votre médecin (en dehors de ses heures, par le médecin de garde, au 1733), ou allez aux urgences, si :

  • la douleur est très forte et a commencé d'un coup, ou elle s'aggrave vite ;
  • la douleur s'accompagne de fièvre, de frissons ou de sueurs la nuit qui sont nouvelles pour vous, ou vous vous sentez malade ;
  • votre douleur de dos est nouvelle alors que vos défenses contre les infections sont affaiblies, par une maladie ou par un traitement (par exemple une chimiothérapie, un traitement après une greffe, ou de la cortisone en comprimés depuis longtemps), ou que vous vous injectez des drogues, aujourd'hui ou par le passé, même sans fièvre ;
  • vous avez ou avez eu un cancer, et votre douleur de dos est nouvelle, ou elle a changé : prévenez aussi l'équipe qui suit ou a suivi votre cancer.

Consultez aussi votre médecin rapidement si :

  • votre mal de dos est apparu, ou a nettement augmenté, après une petite chute ou un petit choc ; ou, si vous avez de l'ostéoporose, après un effort pour soulever une charge, voire sans raison apparente ;
  • la douleur s'accompagne d'une perte de poids que vous n'expliquez pas ;
  • elle vous oblige à vous lever la nuit sans qu'aucune position ne vous soulage.

Sans urgence, prenez rendez-vous chez votre médecin si la douleur ne s'améliore pas au bout de quelques semaines, si elle vous empêche de faire vos activités de tous les jours, si elle ne se calme pas au repos ou si elle est pire la nuit, si elle augmente quand vous toussez, éternuez ou allez à la selle, si elle se situe plutôt en haut du dos, entre les omoplates, si une bosse ou un gonflement apparaît dans votre dos, ou si votre dos change de forme, ou si vous êtes inquiet ou avez du mal à faire face.

Et l'opération ?

Elle se discute avec un chirurgien quand la douleur dans la jambe reste forte malgré un traitement bien mené. Une faiblesse qui s'aggrave, ou qui arrive d'un coup et nettement, elle, n'attend pas un rendez-vous : c'est un signe qui fait aller aux urgences (voir plus haut). Dans un essai mené aux Pays-Bas chez 283 personnes qui souffraient d'une sciatique sévère depuis 6 à 12 semaines, l'opération rapide soulageait la jambe plus vite. Mais 39 % des patients du groupe soigné d'abord sans opération ont finalement été opérés, et après un an, 95 % des patients de chaque groupe se disaient rétablis.

L'opération soulage plus vite ; à un an, les résultats étaient comparables. Ce n'est ni un échec, ni une obligation : c'est une décision à prendre avec votre chirurgien, en connaissant les deux options.

Vos questions

Est-ce que le kiné peut soigner une hernie discale ?

Je ne fais pas disparaître la hernie. Je vous aide à traverser la période douloureuse, à rester actif et à reprendre ce que vous aimez faire. Et beaucoup de hernies régressent avec le temps, surtout les plus marquées à l'IRM.

Quelle méthode de kinésithérapie est recommandée ?

Une prise en charge active : des explications, des exercices adaptés à vos besoins, la reprise de vos activités. Les techniques manuelles peuvent s'y ajouter, mais les recommandations ne les conseillent pas seules.

Combien de séances faut-il ?

Il n'y a pas de nombre fixe : cela dépend de votre douleur, de votre quotidien et de ce que vous voulez refaire. Mon objectif, c'est que vous deveniez autonome et que vous reveniez le moins souvent possible : quand vous progressez, on espace les séances.

Faut-il passer une IRM ?

Pas systématiquement. Sans signe d'alerte, les recommandations belges ne conseillent pas d'imagerie systématique : on la réserve aux cas où son résultat peut changer la prise en charge. C'est le cas, par exemple, quand une infiltration ou une opération est envisagée. C'est à voir avec votre médecin.

Au cabinet d'Andenne

Je vous reçois rue du Muguet 5, à Andenne, un seul patient à la fois. La première chose que je fais, ce n'est pas de vous allonger sur la table, mais de vous écouter. Pour la première séance : votre prescription médicale, votre carte d'identité, et une tenue où vous êtes à l'aise pour bouger.

Prendre rendez-vousAppeler le 0487 67 49 88

Sources

  • Chiu CC et al. The probability of spontaneous regression of lumbar herniated disc: a systematic review. Clin Rehabil. 2015;29(2):184-95. doi:10.1177/0269215514540919
  • Brinjikji W et al. Systematic literature review of imaging features of spinal degeneration in asymptomatic populations. AJNR Am J Neuroradiol. 2015;36(4):811-6. doi:10.3174/ajnr.A4173
  • Peul WC et al. Surgery versus prolonged conservative treatment for sciatica. N Engl J Med. 2007;356(22):2245-56. doi:10.1056/NEJMoa064039
  • KCE (Centre fédéral d'expertise des soins de santé). Guide de pratique clinique pour les douleurs lombaires et radiculaires. KCE Report 287Bs, 2017.
  • Dahm KT et al. Advice to rest in bed versus advice to stay active for acute low-back pain and sciatica. Cochrane Database Syst Rev. 2010;(6):CD007612. doi:10.1002/14651858.CD007612.pub2
  • NICE. Low back pain and sciatica in over 16s: assessment and management (NG59). 2016, mis à jour en 2020. nice.org.uk/guidance/ng59
  • NHS. Back pain. Revu le 05/03/2026. nhs.uk
  • NHS. Abdominal aortic aneurysm. Revu le 14/06/2023. nhs.uk
  • NHS Lothian. Serious lumbar spine conditions. Right Decisions, revu le 01/10/2024. rightdecisions.scot.nhs.uk
  • NICE. Spinal metastases and metastatic spinal cord compression (NG234). 2023. nice.org.uk
  • HSE (Health Service Executive, Irlande). Symptoms of aortic dissection. Revu le 17/02/2026. hse.ie

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Cet article donne des informations générales. Il ne remplace pas une consultation : votre situation est examinée en séance.