« Ça part de la fesse, et ça descend jusque dans le pied. » Quand la douleur du dos descend dans la jambe, on pense tout de suite au nerf sciatique, et les questions arrivent : est-ce grave ? Combien de temps ça va durer ? Est-ce que je peux encore bouger ? Rassurez-vous : même quand elle fait très mal, une sciatique se soigne souvent sans opération. Voici ce qui se passe, ce que vous pouvez faire dès maintenant, et quand consulter sans attendre.
Ce qui se passe dans votre dos
Le nerf sciatique naît de racines nerveuses qui sortent de la colonne, en bas du dos. Quand l'une d'elles est irritée, le plus souvent par une hernie discale, la douleur descend le long de la jambe, parfois jusqu'au pied. Elle est souvent lancinante, comme une décharge. Parfois, une zone de la jambe s'engourdit ou un muscle faiblit : le nerf conduit alors moins bien. Si cette faiblesse arrive d'un coup ou augmente, lisez plus bas « Quand consulter sans attendre ». C'est la sciatique ; quand la douleur passe à l'avant de la cuisse, on parle de cruralgie.
Deux choses à savoir avant d'aller plus loin.
Toutes les douleurs qui descendent dans la jambe ne viennent pas du nerf. Une douleur du dos peut aussi s'étendre dans la fesse et la cuisse sans qu'aucune racine ne soit irritée : on parle alors de douleur référée. C'est l'examen qui fait la différence.
Une douleur très forte ne veut pas dire une grosse hernie. « Pourtant, j'ai tellement mal ! » Oui, et votre douleur est bien réelle. Mais chez 160 personnes qui souffraient d'une sciatique, l'importance de la hernie à l'IRM n'était liée à aucun des symptômes qu'elles décrivaient. C'est l'examen, plus que l'image, qui guide la suite.
Ce que la kinésithérapie peut faire
Mon travail, c'est de vous aider à traverser la période douloureuse, à garder le plus possible vos activités, et à reprendre celles que la douleur vous a fait arrêter.
Les recommandations, dont celles du KCE en Belgique et du NICE au Royaume-Uni, mettent en premier :
- comprendre ce qui se passe, pour savoir quoi faire vous-même au quotidien ;
- rester actif, en poursuivant vos activités habituelles ;
- des exercices, adaptés à vos besoins et à vos capacités.
Les techniques manuelles peuvent s'y ajouter, dans un programme qui comprend des exercices, jamais seules.
Rester actif ou faire des exercices encadrés ? Une synthèse de cinq essais chez des personnes souffrant d'une sciatique a trouvé que les exercices soulageaient un peu mieux la jambe à court terme, et qu'à long terme, les deux faisaient aussi bien. Bouger, donc, de toute façon. Les séances servent à trouver ce que votre jambe accepte, et à le faire évoluer.
Concrètement, au cabinet :
- Je vous écoute : où descend la douleur, depuis quand, ce qui la soulage, ce qui la réveille, ce que vous n'arrivez plus à faire.
- Je vous examine : la force, la sensibilité et les réflexes, pour voir comment le nerf conduit, et les mouvements qui changent la douleur de votre jambe. C'est aussi là que je vérifie que rien ne demande un avis médical rapide.
- Je vous explique ce que je trouve, avec des mots simples, et pourquoi on fait chaque exercice.
- Vous repartez avec vos exercices : peu nombreux, choisis selon ce qui soulage votre jambe, et on les fait évoluer à chaque séance.
Ce que vous pouvez faire dès maintenant
- Bougez dans les limites du supportable : marchez par petites périodes, changez souvent de position. La meilleure position, c'est la suivante.
- Adaptez plutôt qu'interdire. Si rester assis longtemps réveille la douleur de la jambe, levez-vous régulièrement, faites quelques pas, puis reprenez.
- Évitez de rester au lit plusieurs jours : chez les personnes qui ont une sciatique, rester au lit ne fait pas mieux que rester actif.
- Une douleur qui augmente un peu pendant un effort puis revient vite à son niveau habituel n'impose pas d'arrêter de bouger. Une douleur qui descend de plus en plus bas dans la jambe, elle, se signale à votre kiné ou à votre médecin.
- Pour les médicaments, c'est votre médecin qui vous conseille.
La force de la douleur ne dit pas, à elle seule, la gravité. Ce qui compte, ce sont les signes ci-dessous, dont une douleur très forte qui a commencé d'un coup, ou une douleur qui s'aggrave vite.
Quand consulter sans attendre
Ces signes, il faut les connaître. Un seul suffit, n'attendez pas d'en avoir plusieurs :
- la douleur, des fourmillements, une faiblesse ou un engourdissement gagnent maintenant les deux jambes ;
- depuis peu, vous avez du mal à commencer à uriner, ou vous n'y arrivez plus, votre jet a changé, ou vous sentez moins l'urine passer ;
- vous sentez moins le besoin d'aller à la selle, ou vous avez des fuites d'urine ou de selles que vous ne contrôlez pas, nouvelles ou plus importantes qu'avant ;
- une zone s'endort ou paraît différente entre les jambes, à l'intérieur des cuisses, aux fesses ou autour de l'anus, par exemple quand vous vous essuyez ;
- vous sentez moins au niveau des organes génitaux, ou les érections, l'éjaculation ou l'orgasme ont changé ;
- une jambe, ou les deux, faiblit de plus en plus, ou d'un coup et nettement : le pied accroche, il « claque » au sol en marchant (on parle de pied tombant), ou le genou se dérobe.
Dans ce cas, vous ne prenez pas rendez-vous : vous allez aux urgences sans attendre, de jour comme de nuit. Ne conduisez pas vous-même : faites-vous conduire, ou appelez le 112.
Ces signes peuvent vouloir dire que des nerfs du bas de la colonne sont comprimés, par exemple dans le syndrome de la queue de cheval : sans traitement rapide, certains de ces troubles peuvent devenir définitifs.
Allez aussi aux urgences, sans conduire vous-même, ou appelez le 112, si votre mal de dos est apparu, ou a nettement augmenté, après un accident violent, comme un accident de voiture ou une chute de hauteur ; ou, si vous avez une spondylarthrite ankylosante, après n'importe quelle chute ou n'importe quel choc.
Appelez le 112 si votre mal de dos s'accompagne d'une douleur dans la poitrine, ou d'une douleur brutale et très forte dans le ventre ou en haut du dos, entre les omoplates. Appelez-le aussi si, avec votre mal de dos, votre peau devient pâle ou grise (sur une peau foncée, cela se voit mieux à la paume des mains ou à la plante des pieds), vos pieds deviennent froids, vous avez du mal à respirer ou vous vous évanouissez.
Si vous avez ou avez eu un cancer, et que votre douleur de dos est forte et s'aggrave, qu'une douleur nouvelle descend dans un bras ou une jambe, qu'un bras ou une jambe faiblit, s'engourdit ou fourmille, ou que vous avez depuis peu du mal à marcher : contactez tout de suite l'équipe qui vous suit ou vous a suivi, ou votre médecin, et si vous ne joignez personne tout de suite, allez aux urgences.
Le jour même, faites-vous voir par votre médecin (en dehors de ses heures, par le médecin de garde, au 1733), ou allez aux urgences, si :
- la douleur est très forte et a commencé d'un coup, ou elle s'aggrave vite ;
- la douleur s'accompagne de fièvre, de frissons ou de sueurs la nuit qui sont nouvelles pour vous, ou vous vous sentez malade ;
- votre douleur de dos est nouvelle alors que vos défenses contre les infections sont affaiblies, par une maladie ou par un traitement (par exemple une chimiothérapie, un traitement après une greffe, ou de la cortisone en comprimés depuis longtemps), ou que vous vous injectez des drogues, aujourd'hui ou par le passé, même sans fièvre ;
- vous avez ou avez eu un cancer, et votre douleur de dos est nouvelle, ou elle a changé : prévenez aussi l'équipe qui suit ou a suivi votre cancer.
Consultez aussi votre médecin rapidement si :
- votre mal de dos est apparu, ou a nettement augmenté, après une petite chute ou un petit choc ; ou, si vous avez de l'ostéoporose, après un effort pour soulever une charge, voire sans raison apparente ;
- la douleur s'accompagne d'une perte de poids que vous n'expliquez pas ;
- elle vous oblige à vous lever la nuit sans qu'aucune position ne vous soulage.
Sans urgence, prenez rendez-vous chez votre médecin si la douleur ne s'améliore pas au bout de quelques semaines, si elle vous empêche de faire vos activités de tous les jours, si elle ne se calme pas au repos ou si elle est pire la nuit, si elle augmente quand vous toussez, éternuez ou allez à la selle, si elle se situe plutôt en haut du dos, entre les omoplates, si une bosse ou un gonflement apparaît dans votre dos, ou si votre dos change de forme, ou si vous êtes inquiet ou avez du mal à faire face.
Et l'opération ?
Elle se discute avec un chirurgien quand la douleur dans la jambe reste forte malgré un traitement bien mené. Une faiblesse qui s'aggrave, ou qui arrive d'un coup et nettement, elle, n'attend pas un rendez-vous : c'est un signe qui fait aller aux urgences (voir plus haut). Dans un essai mené aux Pays-Bas chez 283 personnes qui souffraient d'une sciatique sévère depuis 6 à 12 semaines, six patients sur dix soignés d'abord sans opération n'ont pas été opérés dans l'année. L'opération rapide soulageait la jambe plus vite ; après un an, 95 % des patients de chaque groupe se disaient rétablis. J'en parle plus en détail dans l'article sur la hernie discale.
Vos questions
Combien de temps dure une sciatique ?
Il n'y a pas de durée fixe, et je ne vous en promettrai pas. Dans l'essai néerlandais, chez des personnes qui souffraient d'une sciatique sévère, 95 % se disaient rétablies un an plus tard, qu'elles aient été opérées rapidement ou soignées d'abord sans opération. Une étude anglaise, qui a suivi 609 personnes venues voir leur médecin pour une douleur du dos qui descend dans la jambe, montre que ça peut prendre plus de temps : un an plus tard, un peu plus de la moitié étaient nettement moins gênées dans leur quotidien (au moins 30 % de gêne en moins). Et celles qui étaient persuadées que leur problème allait durer longtemps s'amélioraient moins souvent : ce que vous pensez de la suite compte aussi.
Est-ce qu'il faut marcher quand on a une sciatique ?
Oui, si vous le supportez : marcher fait partie des activités à garder, par petites périodes et à votre rythme. Le repos au lit ne fait pas mieux, et les recommandations encouragent à poursuivre vos activités habituelles. Si la marche réveille nettement la douleur de la jambe, raccourcissez les sorties plutôt que de les arrêter.
Comment soulager une sciatique rapidement ?
Il n'existe pas de solution qui la fasse disparaître à coup sûr en quelques jours. Ce qui aide : comprendre ce qui se passe, garder vos activités en les adaptant, trouver les positions et les mouvements qui soulagent votre jambe, et des exercices adaptés. Pour la douleur, demandez conseil à votre médecin.
Qu'est-ce qui provoque une sciatique ?
Le plus souvent, une hernie discale qui touche une racine du nerf : la pression sur la racine et l'inflammation autour d'elle semblent compter toutes les deux. Mais une douleur de jambe peut avoir d'autres origines : c'est le rôle de l'examen de les distinguer.
Au cabinet d'Andenne
Je vous reçois rue du Muguet 5, à Andenne, un seul patient à la fois. La première chose que je fais, ce n'est pas de vous allonger sur la table, mais de vous écouter. Pour la première séance : votre prescription médicale, votre carte d'identité, et une tenue où vous êtes à l'aise pour bouger.
Sources
- Bogduk N. On the definitions and physiology of back pain, referred pain, and radicular pain. Pain. 2009;147(1-3):17-9. doi:10.1016/j.pain.2009.08.020
- Valat JP et al. Sciatica. Best Pract Res Clin Rheumatol. 2010;24(2):241-52. doi:10.1016/j.berh.2009.11.005
- Karppinen J et al. Severity of symptoms and signs in relation to magnetic resonance imaging findings among sciatic patients. Spine. 2001;26(7):E149-54. doi:10.1097/00007632-200104010-00015
- Fernandez M et al. Advice to stay active or structured exercise in the management of sciatica: a systematic review and meta-analysis. Spine. 2015;40(18):1457-66. doi:10.1097/BRS.0000000000001036
- Dahm KT et al. Advice to rest in bed versus advice to stay active for acute low-back pain and sciatica. Cochrane Database Syst Rev. 2010;(6):CD007612. doi:10.1002/14651858.CD007612.pub2
- Peul WC et al. Surgery versus prolonged conservative treatment for sciatica. N Engl J Med. 2007;356(22):2245-56. doi:10.1056/NEJMoa064039
- Konstantinou K et al. Prognosis of sciatica and back-related leg pain in primary care: the ATLAS cohort. Spine J. 2018;18(6):1030-40. doi:10.1016/j.spinee.2017.10.071
- KCE (Centre fédéral d'expertise des soins de santé). Guide de pratique clinique pour les douleurs lombaires et radiculaires. KCE Report 287Bs, 2017.
- NICE. Low back pain and sciatica in over 16s: assessment and management (NG59). 2016, mis à jour en 2020. nice.org.uk/guidance/ng59
- NHS. Back pain. Revu le 05/03/2026. nhs.uk
- NHS. Abdominal aortic aneurysm. Revu le 14/06/2023. nhs.uk
- NHS Lothian. Serious lumbar spine conditions. Right Decisions, revu le 01/10/2024. rightdecisions.scot.nhs.uk
- NICE. Spinal metastases and metastatic spinal cord compression (NG234). 2023. nice.org.uk
- HSE (Health Service Executive, Irlande). Symptoms of aortic dissection. Revu le 17/02/2026. hse.ie
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Cet article donne des informations générales. Il ne remplace pas une consultation : votre situation est examinée en séance.

