Cou et tête

Cervicalgie : la douleur au cou, et comment s'en sortir

Mathieu Grandchamp, kinésithérapeute à Andenne
Publié le 27 octobre 2026, mis à jour le 28 octobre 2026

« J'ai mal à la nuque, et ça me tire jusque dans les épaules. » Une douleur au cou, une nuque raide, une tête qui tourne moins bien : c'est ce qu'on appelle une cervicalgie. Et les questions arrivent : est-ce l'arthrose ? Ma posture ? Est-ce que ça va passer ? Rassurez-vous : une douleur au cou est le plus souvent bénigne, et il y a beaucoup à faire. Voici ce qui se passe, ce que vous pouvez faire dès maintenant, et quand consulter sans attendre.

Ce qui se passe dans votre cou

Le cou porte votre tête et lui permet de tourner, de se pencher, de regarder en haut et en bas. Sept vertèbres, des disques, de petites articulations et beaucoup de muscles y travaillent ensemble. La cervicalgie, c'est une douleur dans cette région. Quand une racine nerveuse du cou est irritée, la douleur peut descendre dans le bras : on parle alors de névralgie cervico-brachiale.

C'est fréquent : en 2020, 203 millions de personnes dans le monde avaient mal au cou, plus souvent les femmes que les hommes.

Deux choses à savoir, et elles rassurent.

L'arthrose de la radio n'explique pas toujours la douleur. « Pourtant, la radio montre de l'arthrose ! » Oui, et l'image est réelle. Mais chez des personnes qui n'avaient pas mal au cou, des radios montraient au moins un signe d'arthrose chez 95 % des hommes et 70 % des femmes de 60 à 65 ans. Et à l'IRM, chez 1 211 personnes de 20 à 70 ans sans aucun symptôme, un disque qui bombe était présent chez 87,6 % d'entre elles, et déjà chez plus de sept sur dix de celles qui avaient la vingtaine. Ces images deviennent plus fréquentes avec l'âge, même chez les personnes qui n'ont pas mal : c'est l'examen qui fait le lien entre l'image et ce que vous ressentez.

Votre posture n'est pas forcément coupable. « Pourtant, on m'a dit que c'était à cause de ma posture devant l'écran ! » Chez 150 jeunes adultes de 18 à 21 ans, la tête penchée sur le téléphone n'était pas liée aux douleurs de cou. Plutôt que de chercher la posture parfaite, changez souvent de position : la meilleure position, c'est la suivante.

Ce que la kinésithérapie peut faire

Mon travail, c'est de vous aider à faire bouger votre cou à nouveau, et à reprendre ce que la douleur vous fait éviter.

Des recommandations canadiennes publiées en 2016 proposent :

  • comprendre et être rassuré : l'évolution habituelle est bénigne, et il est important de continuer à bouger ;
  • des exercices : d'abord pour retrouver les mouvements du cou ; si la douleur dure plus de trois mois, des exercices de mouvement et de renforcement, ou le yoga ;
  • des techniques manuelles, associées aux exercices.

À l'inverse, elles déconseillent les courants électriques et la chaleur appliquée au cabinet : ils n'ont pas montré d'effet.

Concrètement, au cabinet :

  1. Je vous écoute : où est la douleur, depuis quand, ce qui la soulage, ce qui la réveille, si elle descend dans un bras, si vous avez des maux de tête ou des vertiges.
  2. Je vous examine : les mouvements du cou et des épaules, la force, la sensibilité et les réflexes des bras. C'est aussi là que je vérifie que rien ne demande un avis médical rapide.
  3. Je vous explique ce que je trouve, avec des mots simples, et pourquoi on fait chaque exercice.
  4. Vous repartez avec vos exercices : peu nombreux, choisis selon ce qui vous soulage, et on les fait évoluer à chaque séance.

Ce que vous pouvez faire dès maintenant

Ces conseils valent si vous n'avez aucun des signes de la partie « Quand consulter sans attendre », plus bas. Après un accident, une chute ou un choc, faites-vous d'abord examiner.

  • Continuez à bouger votre cou, doucement, dans les limites du supportable : tournez la tête, regardez en haut, en bas, sur les côtés, régulièrement dans la journée.
  • Ne restez pas longtemps dans la même position : devant un écran ou au volant, faites des pauses et bougez entre deux.
  • Adaptez plutôt qu'interdire. Si un geste réveille la douleur, comme porter un sac lourd d'un côté ou regarder longtemps vers le haut, allégez-le ou découpez-le plutôt que de l'arrêter.
  • Laissez la minerve de côté, sauf si un médecin vous l'a prescrite : les recommandations la déconseillent.
  • Pour les médicaments, c'est votre médecin ou votre pharmacien qui vous conseille.

Quand consulter sans attendre

Ces signes, il faut les connaître. Un seul suffit, n'attendez pas d'en avoir plusieurs.

Appelez le 112 si l'un de ces signes apparaît d'un coup :

  • un mal de tête très violent, comme vous n'en avez jamais eu, avec ou sans douleur au cou ;
  • un vertige que vous n'avez jamais eu, ou qui ne ressemble pas à vos vertiges habituels, une démarche qui titube, une perte d'équilibre ou une chute sans raison ;
  • une vue double ou floue, ou une partie de la vue qui manque ;
  • du mal à parler, à trouver vos mots, à comprendre ce qu'on vous dit, ou à avaler ;
  • une paupière qui tombe, ou un côté du visage qui s'affaisse ;
  • un bras, une jambe ou un côté du visage qui s'engourdit ou faiblit ;
  • une confusion, une somnolence inhabituelle, un évanouissement ou une crise convulsive.

Même si ces signes disparaissent vite, vous ne prenez pas rendez-vous : vous appelez le 112, et vous ne conduisez pas vous-même.

Un côté du visage qui s'affaisse, une paupière qui tombe, une parole pâteuse : c'est aussi le 112 si c'est apparu en quelques heures ou en quelques jours, ou si vous le découvrez au réveil ou dans un miroir. Un bras ou une jambe qui faiblit : c'est aussi le 112 si c'est venu en quelques heures, ou si vous le découvrez au réveil. Ces signes peuvent vouloir dire qu'une artère du cou est abîmée (on parle de dissection), qu'un accident vasculaire cérébral commence, ou qu'un vaisseau saigne autour du cerveau : il faut agir vite.

Appelez aussi le 112 si vous avez une douleur ou un serrement dans la poitrine, qui peut gagner le cou, la mâchoire ou un bras, même si cela vient peu à peu, ou si une douleur ou un serrement au cou ou à la gorge, apparu pendant un effort (marche rapide, escalier), ne passe pas après quelques minutes de repos : le cœur peut manquer d'oxygène.

Appelez aussi le 112 si votre main ou votre bras devient d'un coup froid, pâle ou bleu : le sang peut ne plus y arriver.

Appelez aussi le 112 si, d'un coup ou en quelques jours, vous perdez le contrôle de votre vessie ou de vos intestins (des fuites nouvelles, ou vous n'arrivez plus à uriner), vos mains deviennent maladroites (pour boutonner une chemise, par exemple), une jambe ou les deux deviennent lourdes ou faibles, ou vous avez du mal à marcher. Ces signes peuvent vouloir dire que la moelle épinière est comprimée dans le cou.

Appelez aussi le 112 si vous avez une forte fièvre ou des frissons avec un mal de tête, surtout si votre nuque devient raide ou si la lumière vous fait mal aux yeux. Appelez-le aussi, avec ou sans fièvre, si des taches apparaissent sur la peau et ne s'effacent pas quand vous appuyez un verre dessus (sur une peau noire ou brune, elles se voient moins bien). Ces signes peuvent faire penser à une méningite.

Allez aux urgences, sans conduire vous-même, si :

  • la douleur au cou a commencé, ou s'est aggravée, après un accident, une chute ou un choc sur la tête. Appelez plutôt le 112, et bougez la tête le moins possible en attendant les secours, si vous avez 65 ans ou plus, si le choc a été violent (un accident de la route à grande vitesse, un piéton renversé, un accident de vélo, de moto ou de quad, une chute de cheval, une chute de plus d'un mètre ou de plus de cinq marches, un plongeon), ou si, depuis, un bras ou une jambe fourmille, s'engourdit ou faiblit ;
  • un mal de tête apparaît, ou s'aggrave, dans les trois mois qui suivent un choc sur la tête ;
  • une douleur au cou est apparue brutalement, ne ressemble à rien de ce que vous avez déjà connu, et s'accompagne d'un mal de tête, ou monte autour de l'œil ou dans la mâchoire, même si elle n'est pas très forte, surtout si elle est d'un seul côté ou suit un mouvement brusque ou un choc.

Le jour même, faites-vous voir par votre médecin (en dehors de ses heures, par le médecin de garde, au 1733), ou allez aux urgences, si :

  • à partir de 50 ans, l'un de ces signes apparaît : un mal de tête nouveau ou inhabituel, un cuir chevelu ou des tempes douloureux au toucher, ou une douleur comme une crampe dans la mâchoire ou la langue quand vous mâchez ou parlez. Si, en plus, votre vue se trouble, se dédouble ou baisse, même un moment, appelez le 112 ;
  • la douleur s'accompagne de fièvre ou de frissons, ou vous vous sentez malade ;
  • une douleur au cou nouvelle apparaît alors que vos défenses contre les infections sont affaiblies, par une maladie ou par un traitement (par exemple une chimiothérapie, un traitement après une greffe, ou de la cortisone en comprimés depuis longtemps), ou que vous vous injectez des drogues, aujourd'hui ou par le passé, même sans fièvre ;
  • vous avez ou avez eu un cancer, et une douleur au cou ou dans le haut du dos apparaît, ou change (elle devient plus forte, s'aggrave ou vous réveille la nuit) : prévenez aussi l'équipe qui suit ou a suivi votre cancer. Allez aux urgences, sans conduire vous-même, si, en plus, la douleur descend dans un bras, si un bras ou une jambe faiblit, s'engourdit ou fourmille, ou si vous marchez moins bien ;
  • depuis quelques jours, un bras devient peu à peu lourd ou faible, ou vous le sentez de moins en moins ;
  • depuis quelques semaines ou quelques mois, vos mains deviennent peu à peu maladroites (pour boutonner, écrire, tenir un objet) ou s'engourdissent des deux côtés, ou votre marche devient moins sûre ;
  • des sensations de décharge électrique descendent dans le dos, les bras ou les jambes ;
  • une douleur ou un serrement au cou ou à la gorge vient pendant un effort (marche rapide, escalier) et passe au repos ;
  • un mal de tête est déclenché ou aggravé par la toux, un éternuement, le fait de vous pencher ou un effort, ou il s'accompagne de vomissements ;
  • la douleur est forte et a commencé brutalement, ou elle s'aggrave vite.

Consultez votre médecin rapidement si :

  • des fourmillements sont apparus dans un bras, avec une douleur au cou ou au bras ;
  • la douleur s'accompagne d'une perte de poids que vous n'expliquez pas, ou d'une boule ou d'un gonflement dans le cou ;
  • elle vous réveille la nuit et ne se calme pas, même couché.

Sans urgence, prenez rendez-vous chez votre médecin si la douleur ne passe pas après quelques semaines, si les médicaments contre la douleur ne vous soulagent pas, si votre bras est souvent froid, si un vertige revient depuis un moment avec la douleur au cou, sans aucun des signes plus haut, ou si vous êtes inquiet.

Vos questions

Combien de temps dure une cervicalgie ?

Il n'y a pas de durée fixe, et je ne vous en promettrai pas. Dans sept études qui ont suivi des personnes dès le début de leur douleur au cou, elle baissait en moyenne de près de moitié en six à sept semaines ; un an plus tard, en moyenne, elle n'avait pas baissé davantage. Ce qui compte, c'est que votre cou reprenne ses mouvements, et vous vos activités, à votre rythme.

Comment guérir d'une cervicalgie ?

Je ne vous promettrai pas de guérison. Ce qui aide : comprendre ce qui se passe, continuer à bouger, des exercices adaptés, et des techniques manuelles en plus des exercices. Pour la douleur, demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien.

Et si la douleur descend dans le bras ?

Une douleur qui part du cou et descend dans le bras, parfois jusqu'aux doigts, avec des fourmillements ou un engourdissement, peut venir d'une racine nerveuse irritée : c'est la névralgie cervico-brachiale. C'est l'examen qui le dit. Si des fourmillements apparaissent dans le bras, consultez votre médecin rapidement. Si, depuis quelques jours, le bras devient peu à peu lourd ou faible, ou si vous le sentez de moins en moins, faites-vous voir le jour même par votre médecin (en dehors de ses heures, par le médecin de garde, au 1733), ou allez aux urgences ; s'il faiblit ou s'engourdit d'un coup, s'il a faibli en quelques heures, ou si vous le découvrez faible au réveil, appelez le 112. Et si vous avez ou avez eu un cancer, une douleur qui descend dans le bras vous fait aller aux urgences.

Une cervicalgie peut-elle donner des vertiges ?

Un vertige avec une douleur au cou peut avoir plusieurs origines : l'oreille interne, le cou lui-même, ou, rarement, une artère du cou. On ne retient le cou qu'après avoir écarté les autres causes. Un vertige qui arrive d'un coup et que vous ne connaissiez pas, seul ou avec un autre signe de la liste plus haut, c'est le 112. Si un vertige revient depuis un moment avec la douleur au cou, sans aucun autre signe de la liste, prenez rendez-vous chez votre médecin, sans urgence. S'il s'accompagne d'une baisse soudaine de l'audition, allez aux urgences, sans conduire vous-même.

Au cabinet d'Andenne

Je vous reçois rue du Muguet 5, à Andenne, un seul patient à la fois. La première chose que je fais, ce n'est pas de vous allonger sur la table, mais de vous écouter. Pour la première séance : votre prescription médicale, votre carte d'identité, et une tenue où vous êtes à l'aise pour bouger.

Prendre rendez-vousAppeler le 0487 67 49 88

Sources

  • GBD 2021 Neck Pain Collaborators. Global, regional, and national burden of neck pain, 1990-2020, and projections to 2050: a systematic analysis of the Global Burden of Disease Study 2021. Lancet Rheumatol. 2024;6(3):e142-55. doi:10.1016/S2665-9913(23)00321-100321-1)
  • Gore DR et al. Roentgenographic findings of the cervical spine in asymptomatic people. Spine. 1986;11(6):521-4. doi:10.1097/00007632-198607000-00003
  • Nakashima H et al. Abnormal findings on magnetic resonance images of the cervical spines in 1211 asymptomatic subjects. Spine. 2015;40(6):392-8. doi:10.1097/BRS.0000000000000775
  • Damasceno GM et al. Text neck and neck pain in 18-21-year-old young adults. Eur Spine J. 2018;27(6):1249-54. doi:10.1007/s00586-017-5444-5
  • Côté P et al. Management of neck pain and associated disorders: a clinical practice guideline from the Ontario Protocol for Traffic Injury Management (OPTIMa) Collaboration. Eur Spine J. 2016;25(7):2000-22. doi:10.1007/s00586-016-4467-7
  • Hush JM et al. Prognosis of acute idiopathic neck pain is poor: a systematic review and meta-analysis. Arch Phys Med Rehabil. 2011;92(5):824-9. doi:10.1016/j.apmr.2010.12.025
  • IFOMPT (International Federation of Orthopaedic Manipulative Physical Therapists). International framework for examination of the cervical region for potential of vascular pathologies of the neck prior to orthopaedic manual therapy (OMT) intervention. 2020. ifompt.org
  • Rushton A et al. International framework for examination of the cervical region for potential of vascular pathologies of the neck prior to musculoskeletal intervention: International IFOMPT Cervical Framework. J Orthop Sports Phys Ther. 2023;53(1):7-22. doi:10.2519/jospt.2022.11147
  • Reiley AS et al. How to diagnose cervicogenic dizziness. Arch Physiother. 2017;7:12. doi:10.1186/s40945-017-0040-x
  • Ponte C et al. 2022 American College of Rheumatology/EULAR classification criteria for giant cell arteritis. Ann Rheum Dis. 2022;81(12):1647-53. doi:10.1136/ard-2022-223480
  • NHS Lothian. Serious cervical spine conditions. Right Decisions, revu le 01/10/2024. rightdecisions.scot.nhs.uk
  • NHS. Stroke : symptoms. Revu le 12/09/2024. nhs.uk
  • NHS. Meningitis. Revu le 12/06/2026. nhs.uk
  • NHS. Neck pain. Revu le 27/04/2023. nhs.uk
  • NHS. Cervical spondylosis. Revu le 02/08/2023. nhs.uk
  • NHS. Whiplash. Revu le 19/08/2026. nhs.uk
  • NHS. Headaches. Revu le 17/04/2024. nhs.uk
  • NHS. Head injury and concussion. Revu le 29/05/2025. nhs.uk
  • NHS. Heart attack. Revu le 31/03/2026. nhs.uk
  • NHS. Temporal arteritis (giant cell arteritis). Revu le 14/08/2023. nhs.uk
  • NICE. Spinal metastases and metastatic spinal cord compression (NG234). 2023. nice.org.uk
  • NHS. Vertigo. Revu le 02/05/2023. nhs.uk
  • NHS. Bell's palsy. Revu le 04/07/2023. nhs.uk
  • NICE. Spinal injury : assessment and initial management (NG41). 2016. nice.org.uk
  • Leicestershire Partnership NHS Trust, kinésithérapie musculo-squelettique. Neck pain : patient information leaflet. Avril 2026. leicspart.nhs.uk

À lire aussi

Tous les conseils du kiné

Cet article donne des informations générales. Il ne remplace pas une consultation : votre situation est examinée en séance.